Après vous avoir décortiqué l’histoire de The Last of Us, je reviens pour vous analyser la seconde partie du jeu.
L’histoire de The Last of Us 2 n’est pas une simple suite, c’est une déconstruction brutale de nos attentes de joueurs. Oubliez le road trip paternel du premier opus : ici, nous plongeons dans une spirale de violence viscérale qui laisse des traces indélébiles.
Neil Druckmann et Halley Gross ont pris un risque narratif colossal. Je vais décortiquer pour vous ce scénario complexe, ses non-dits et sa conclusion qui divise tant. Accrochez-vous, car l’analyse de cette œuvre majeure demande d’avoir l’estomac bien accroché.
Le catalyseur : Jackson et la mort de Joel

Tout commence quatre ans après la fuite de l’hôpital de Salt Lake City. Joel et Ellie vivent une existence relativement paisible à Jackson, dans le Wyoming. Pourtant, une tension palpable règne entre eux : Ellie a découvert la vérité sur les Lucioles.
Lors d’une patrouille hivernale, le destin bascule. Joel et Tommy sauvent une inconnue d’une horde d’infectés. Cette femme, c’est Abby Anderson. Elle ne doit pas sa survie au hasard, mais à une traque méthodique qu’elle mène depuis des années.
La scène qui suit est insoutenable pour tout fan de la première heure. Piégé par le groupe d’Abby, Joel est battu à mort avec un club de golf. Ellie, immobilisée, assiste impuissante à l’exécution de sa figure paternelle. C’est le point de non-retour.
Ce traumatisme initial est le moteur du jeu. Il ne s’agit pas seulement de perdre un personnage iconique, mais de détruire l’innocence d’Ellie. Son désir de vengeance devient une obsession maladive qui va l’arracher à la sécurité de Jackson pour la jeter sur les routes de Seattle.
La descente aux enfers d’Ellie à Seattle

Accompagnée de Dina, sa petite amie, Ellie arrive dans un Seattle en ruines, transformé en zone de guerre. La ville est disputée par deux factions : le WLF (Front de Libération de Washington) et les Séraphites (ou Scars), une secte religieuse primitive.
Jour 1 : La traque commence
L’exploration du centre-ville nous fait réaliser l’ampleur de la tâche. Ellie découvre que Dina est enceinte, ce qui complique drastiquement la situation. Malgré cela, la rage d’Ellie la pousse à continuer seule s’il le faut. Elle élimine méthodiquement les complices d’Abby, trouvant sur eux des indices menant aux autres membres du groupe.
Jour 2 : La violence s’intensifie
C’est ici que le gameplay devient plus sombre. À Hillcrest, Ellie se transforme en prédatrice. La confrontation avec Nora dans l’hôpital est un moment charnière. Pour obtenir la position d’Abby, Ellie torture Nora à mort. Lorsqu’elle revient au théâtre, elle est traumatisée et tremblante, réalisant qu’elle perd peu à peu son humanité.
Jour 3 : Le point de rupture
La quête mène Ellie à l’aquarium. Elle y trouve Owen et Mel. Dans la confusion d’un affrontement rapide, elle les tue tous les deux. L’horreur atteint son paroxysme lorsqu’elle découvre que Mel était enceinte. Cette scène agit comme un miroir déformant de la grossesse de Dina. Ellie touche le fond, rongée par la culpabilité et le stress post-traumatique.
D’ailleurs, si vous rejouez ces journées pour ne rien rater, mon guide complet des codes de coffres de TLOU2 vous évitera de chercher les combinaisons partout.
Le revers de la médaille : L’histoire d’Abby

C’est le coup de maître de Naughty Dog. Au moment où la tension est à son comble, le jeu nous force à incarner l’ennemie. Nous revenons trois jours en arrière, dans la peau d’Abby. L’objectif : comprendre que chaque histoire a deux facettes.
Nous découvrons qu’Abby est la fille du chirurgien des Lucioles, celui que Joel a tué pour sauver Ellie. Sa quête de vengeance était motivée par le même amour filial qu’Ellie. Mais sa campagne à Seattle va prendre une tournure inattendue, axée sur la rédemption.
| Parallèle Ellie | Parallèle Abby |
|---|---|
| Cherche à venger un père (Joel) | A cherché à venger un père (Jerry) |
| S’enfonce dans la haine | Cherche la lumière (via Lev) |
| Utilise la violence pour détruire | Utilise la force pour protéger |
Abby rencontre Lev et Yara, deux jeunes Séraphites en fuite. Lev a été banni pour avoir rasé son crâne, défiant les traditions de sa secte. En protégeant ces enfants, Abby trahit sa propre faction, le WLF. Elle devient une paria, chassée par les siens et par les Scars.
Son périple nous mène jusqu’à l’hôpital (le « Ground Zero ») où elle affronte le Rat King, une aberration fongique terrifiante, pour trouver des médicaments pour Yara. Cette section survitaminée prouve qu’Abby est une combattante redoutable, mais c’est sa relation avec Lev qui humanise le personnage. Elle devient pour Lev ce que Joel était pour Ellie.
Santa Barbara et la confrontation finale
Après un affrontement brutal au théâtre où Abby épargne Ellie et Dina grâce à l’intervention de Lev, le jeu fait un bond dans le temps. Nous retrouvons Ellie dans une ferme isolée, élevant le petit JJ avec Dina.
L’image est idyllique, mais fausse. Ellie souffre de PTSD sévère. Un simple bruit dans la grange déclenche une crise de panique où elle revoit le visage tuméfié de Joel. Lorsque Tommy débarque avec une piste sur la localisation d’Abby, Ellie ne peut pas résister. Elle abandonne sa famille, non par choix, mais par nécessité psychologique : elle doit finir ce qu’elle a commencé pour espérer dormir à nouveau.
La traque la mène à Santa Barbara, en Californie. Elle y découvre une nouvelle faction cruelle : les Crotales (Rattlers). Ces esclavagistes ont capturé Abby et Lev. Ellie infiltre leur base, massacrant tout sur son passage, pour finalement trouver Abby attachée à un poteau sur la plage.
L’image est saisissante. Abby n’est plus la montagne de muscles du début. Elle est amaigrie, brisée, torturée. Ellie la libère, mais son obsession reprend le dessus. Elle force Abby à un dernier duel dans l’eau, menaçant d’égorger Lev si elle refuse de se battre.
Explication de la fin de The Last of Us Part II : Pourquoi Ellie épargne Abby ?

Le combat final est pathétique, sale et désespéré. Ellie perd deux doigts dans la lutte, mais finit par prendre le dessus. Elle noie Abby. La vengeance est à portée de main. C’est à cet instant précis qu’un flashback survient.
Ellie ne voit pas le visage de Joel mort. Elle voit Joel assis sur son porche, jouant de la guitare, la veille de sa mort. C’est le moment clé de leur relation : celui où elle lui a dit qu’elle ne pourrait peut-être jamais lui pardonner, mais qu’elle voulait essayer de le faire.
En épargnant Abby, Ellie ne pardonne pas à la meurtrière de Joel. Elle se pardonne à elle-même de n’avoir pas pu réparer sa relation avec Joel avant qu’il ne soit trop tard. Tuer Abby ne lui rendra pas son père et ne fera qu’ajouter un cadavre de plus à sa conscience, condamnant Lev à la même solitude qu’elle.
Ellie laisse Abby et Lev partir en bateau vers l’île de Catalina, où les Lucioles se regroupent. De retour à la ferme, la maison est vide. Dina est partie. Ellie essaie de jouer de la guitare, mais ses doigts manquants l’en empêchent. Elle ne peut plus jouer la chanson de Joel.
C’est une fin d’une tristesse absolue, mais nécessaire. En laissant la guitare derrière elle, Ellie laisse enfin le fantôme de Joel reposer en paix. Elle a tout perdu dans sa quête de vengeance, mais elle a gagné la possibilité d’un futur, libérée du cycle de la violence. Une page blanche s’ouvre, terrifiante et pleine de promesses.